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Where the sailor spends his hard-earned pay

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Robert Mulligan, Du Silence et des ombres (To kill a mockingbird, 1962)

(Cinémathèque, 9 juin)

Adapté d’un roman de Harper Lee très célèbre aux États-Unis, ce film est incontestablement un des meilleurs films étatsuniens des années soixante, et un des plus grands films sur l’enfance. La première partie du film est à cet égard la meilleure : on y suit les aventures de la petite Scout, son frère aîné Jem et leur voisin Dill, à la fin de l’été puis au début de l’année scolaire. Plusieurs de leurs exploits ont pour arrière-plan leur terreur de Boo Radley, un jeune homme fou et dangereux qui vit dans une maison voisine complètement délabrée, sous la garde d’un père non moins effrayant ; on retrouvera dans les romans de Stephen King et dans le Summer of night de Dan Simmons par exemple ce délicieux mélange de terreur et d’émerveillement enfantin dans une petite ville américaine. Jem garde dans une boîte à malice (qui est au centre du générique d’introduction, absolument fabuleux) des objets hétéroclites qu’il a trouvés dans le creux d’un arbre devant la maison des Radley, notamment deux petites statuettes qui ressemblent beaucoup à lui et à sa sœur.

La direction d’acteurs est stupéfiante : les enfants acteurs sont des modèles du genre, qui m’ont rappelé les petits acteurs de Chaque soir à cinq heures (Our mother’s house, Jack Clayton, 1967), parangon absolu, pour moi, de la direction d’acteurs enfants. La petite Mary Badham dans le rôle de Scout, en particulier, est d’une spontanéité et d’une drôlerie qui confinent au génie. Voir par exemple la scène du premier jour d’école, où son dépit de devoir s’habiller en robe, elle qui ne jure que par les vêtements de garçon, la rend irrésistible.

Il y a bien sûr derrière tout cela une intrigue « adulte », avec un Noir faussement accusé de viol, et que le père de Scout et Jem, Atticus Finch (joué par Gregory Peck), sera chargé de défendre, alors que le racisme généralisé de ses concitoyens en fait une cause perdue. Le procès du Noir est un peu long à l’écran, même si les acteurs jouant les différents intervenants sont excellents ; Gregory Peck en revanche en fait parfois un peu trop.

Dans la dernière partie, Jem et Scout sont agressés dans la forêt par un homme dont on comprendra plus tard que c’était l’accusateur du Noir, père de la victime (et véritable auteur des coups portés à celle-ci…). Un mystérieux sauveur vient les délivrer juste à temps et assassine leur agresseur… Les dernières scènes voient l’apparition d’un tout jeune Robert Duvall au rôle aussi bref que poétique.