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Where the sailor spends his hard-earned pay

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Robert Mulligan, L'Autre (The other, 1972)

(Cinémathèque, 19 juin)

Prodigieux film fantastique, où le petit Niles, qui a perdu successivement son frère jumeau Holland tombé dans le puits et son père victime d’une chute mortelle dans l’escalier, se retrouve au centre de morts suspectes et d’événements étranges, plus ou moins élevé par une mère neurasthénique et grabataire et une grand-mère qui garde vivant le lien de Niles avec la Russie d’où est originaire tout la famille, et entretient un héritage un peu magique et effrayant : elle enseigne à Niles le Jeu, une forme de sorcellerie qui lui permet de prendre le contrôle de tout autre être vivant.

Niles communique en permanence avec son frère jumeau, dont la véritable nature reste indécidable pour le spectateur : est-il la matérialisation de la folie meurtrière de Niles, ou est-il le fantôme maléfique du jumeau décédé ? La logique implacable de ses apparitions, et le fait que Niles ne paraisse pas par ailleurs spécialement fou, me font plutôt pencher pour la seconde hypothèse, celle d’un jumeau meurtrier venu s’adonner au mal après sa mort en investissant le corps de son frère vivant.

Quoi qu’il en soit, le film est merveilleusement construit, avec une gradation dans l’horreur des meurtres évoqués (la mort du bébé, à la fin, fera frémir les plus blasés) et une atmosphère de mystère, vénéneuse, extrêmement prenante, à son comble dans la scène où Niles entre en possession de la bague (que l’on peut supposer maudite) de son frère mort.

Les deux acteurs enfants jouant Niles et Holland sont criants de vérité. Ce film est un monument pour tous ceux qui veulent croire en la faculté qu’a le cinéma d’instiller la peur, même si ce n’est sans doute pas avec la même intensité que la littérature.