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Yasujirô Ozu, Conte de Tokyo (Tôkyô Monogatari, 1953)

(DVD, 21 juillet)

Évidemment, celui-là je savais dès le départ que j'allais l'aimer : j'aime le cinéma japonais, j'aime la langue japonaise, surtout telle qu'elle est parlée dans les films d'Ozu, et j'adore Setsuko Hara, une de mes actrices préférées, à côté de Gene Tierney, Jeanne Balibar, Miriam Hopkins et d'autres. Conte de Tokyo raconte le voyage à Tokyo d'un vieux couple habitant en province (le père est joué par Chishû Ryû, acteur fétiche d'Ozu tout comme ma chère Setsuko), venu y retrouver deux de ses enfants (un petit médecin de banlieue, marié et père de deux enfants, et une coiffeuse) et leur bru Noriko (Setsuko !), veuve de leur fils mort huit ans plus tôt à la guerre.

Très vite, les parents ont l'impression qu'ils dérangent leurs enfants dans le train-train de leur vie quotidienne et qu'ils leur font perdre du temps et de l'argent. Finalement, celle qui se donne le plus de mal pour rendre leur séjour agréable, c'est leur bru, qui leur témoigne beaucoup d'égards, et ne s'est jamais remariée tant le souvenir de son défunt mari est vif à son esprit. Peu après ce voyage semé de divers incidents (un soir, le père rentre fin saoul chez sa fille après avoir passé la soirée avec deux anciens camarades ; la mère dort pendant ce temps chez Noriko, et lui dit sa tristesse de constater que celle-ci refuse de se remarier et d'oublier leur fils mort ; lors d'un voyage dans une ville d'eaux que leur ont offert leurs enfants, les parents se retrouvent tout seuls, mélancoliques, et décident qu'il est temps de rentrer chez eux), la mère tombe gravement malade : c'est au tour des enfants de faire le voyage depuis Tokyo. La mère meurt.

 

Les films d'Ozu constituent un monde à part, où l'on ne se touche pas et où l'on ne manifeste ouvertement ses émotions qu'en toute dernière extrémité. Malgré cet impératif de retenue, les acteurs parviennent, en en disant le moins en surface, à en dire le plus en profondeur, par le regard, le geste, la voix : bref, l'antithèse du pseudo-réalisme excessif à l'hollywoodienne. Parmi la filmographie d'Ozu, riche en chefs-d'œuvre, Conte de Tokyo figure en bonne place : la montée de la tension dramatique s'y montre particulièrement efficace, parvenant à une intensité rare dans la dernière heure. Setsuko Hara et Chishû Ryû sont géniaux, comme d'habitude.