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Where the sailor spends his hard-earned pay

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Powell & Pressburger, Une question de vie ou de mort (A matter of life and death, 1946)

(DVD, 26 juillet)

Dans mon parcours de cinéphile, ce film occupe une place de choix, et peut-être la plus importante, car c'est sans doute lui qui a joué le plus grand rôle dans l'éveil de mon amour pour le cinéma. Je pense l'avoir vu quatre ou cinq fois entre mes douze et mes vingt ans. Après une dizaine d'années sans le voir, mon émotion est intacte, devant sa drôlerie, son mélange de fantastique et de mélodrame (mélange ô combien périlleux, souvent imité, au risque des catastrophes que l'on sait, même si par ailleurs il a pu donner des chefs-d'œuvre comme Le Ciel peut attendre de Lubitsch et L'aventure de Mme Muir de Mankiewicz), le charme du couple David Niven-Kim Hunter (mon premier béguin de cinéma ?), ses effets spéciaux désarmants, sa peinture d'un paradis agnostique...

Dès les dix premières minutes (après une drôle d'introduction cosmique), quand David Niven, soldat anglais sur le point de sauter sans parachute de son avion en flammes, s'entretient avec Kim Hunter, agent de liaison américaine au sol, on est dans l'émotion totale, et je ne connais pas d'autre film qui nous mette dès le début dans un état de sensibilité tel que l'on craint de ne pas pouvoir finir le film sans s'effondrer en pleurs ! Dieu merci, le ton change assez vite, avec l'apparition de Marius Goring (que l'on retrouve, tout différent, dans Les Chaussons rouges des mêmes auteurs), tout bonnement extraordinaire, incarnant un ange psychopompe, ancien noble français décapité à la Révolution. Mais je risque, à résumer le film, de m'y appesantir avec trop de délice : bornons-nous donc à évoquer la délicieuse fantaisie qui parcourt tout ce chef-d'œuvre, qui nous promène entre Terre et ciel et s'achève par un plaidoyer de circonstance pour l'amitié entre Anglais et Étatsuniens (à une époque où les premiers étaient fort mécontents de la présence américaine sur leur sol), plaidoyer qui pourrait avoir des allures de pensum mais se regarde avec autant de plaisir que le reste, par la grâce des dialogues et de la mise en scène.