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Ernst Lubitsch, Parade d'amour (The love parade, 1929)

(Cinémathèque, 3 septembre)

Lubitsch tourne en 1929 son premier film parlant, Parade d'amour, une comédie musicale qui met en vedettes Maurice Chevalier et Jeanette McDonald. Le gars de Ménilmuche joue un diplomate de Sylvanie (une monarchie imaginaire d'Europe centrale), le comte Alfred Renard, qui vit à Paris, où ses frasques amoureuses scandaleuses finissent par le faire rapatrier de force. Aussitôt rentré au pays, la reine Louise (Jeanette McDonald) le convoque et succombe à son charme et à la perspective de mettre dans son lit un amant expérimenté, ayant connu à Paris tant de bonnes fortunes... Le comte finit donc prince consort, et c'est là que les véritables ennuis commencent, puisque la reine le tient à l'écart de tous les sujets sérieux et ne semble s'en servir que comme d'un jouet sexuel ; le comte, frustré, se rebelle et tente de prendre le pouvoir dans le couple.

Il n'y a qu'une chose à regretter dans ce film, c'est qu'il soit un peu long et que la perfection comique de la première demi-heure ne soit pas atteinte de façon homogène dans la suite ; mais tant mieux pour nos abdominaux, mis à rude épreuve dans les scènes les plus drôles, à commencer par la scène d'ouverture (en français !). Les plaisanteries sont extraordinaires, comme souvent chez Lubitsch, et ont quelque chose de presque inimaginable aujourd'hui par leur fraîcheur et leur liberté de ton, et le regard qu'elles portent sur la sexualité ou les rapports hommes-femmes. Maurice Chevalier est excellent, et certaines de ses mimiques, certains effets de voix, témoignent même d'un véritable génie comique. Je trouve Jeanette McDonald un peu fade, mais c'est parce que je la compare à Miriam Hopkins... Notons également deux seconds rôles excellents, ceux du valet du comte (devenu prince) et de la servante de la reine, formant un couple loufoque et qui fournit un contrepoint bienvenu dans la deuxième moitié du film, quand le ton se fait un peu plus grave entre le prince et la reine. Le valet en particulier, joué par Lupino Lane, se livre à des acrobaties extraordinaires, et les chansons du couple sont plutôt meilleures que les chansons qui illustrent l'intrigue principale.

Ce film ne compte donc pas parmi les chefs-d'œuvre de Lubitsch car tout n'y est pas parfait, mais certains passages n'en sont pas moins à se tordre de plaisir. Dans mon souvenir, Le lieutenant souriant, autre comédie musicale de Lubitsch avec Maurice Chevalier, est meilleur ; j'aurai bientôt l'occasion de le vérifier, puisque la Cinémathèque le diffusera fin septembre dans le cadre de cette réjouissante rétrospective Lubitsch.