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Where the sailor spends his hard-earned pay

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Maurice Renard, Le Péril bleu, 1912

 

Un sommet de la science-fiction française

 

Nous sommes en 1912, et une série d'étranges disparitions se produit dans le Bugey. Le lecteur suit la famille de M. Le Tellier, astronome à l'Observatoire de Paris, et de son beau-frère M. Mombardeau, médecin à Artemare dans le Bugey : au début, tous font de ces disparitions un sujet de plaisanteries, jusqu'à ce que leur réalité et leur caractère spécialement inquiétant soient avérés. Des paysans affirment avoir vu des hommes volants qu'ils appellent les "sarvants" (= "servants", comme dans la nouvelle de Ramuz), mot de patois désignant les fantômes... Les disparus ne réapparaissent pas... Et finalement, les propres enfants de M. Le Tellier et M. Monbardeau sont enlevés ! Une enquête sérieuse commence, menée notamment par Robert Collin, secrétaire et élève de M. Le Tellier, et amoureux de Marie-Thérèse, la fille disparue de ce dernier. On comprend bientôt que la menace est réelle et concerne la Terre entière : des êtres invisibles venus des hautes couches de l'atmosphère terrestre viennent "pêcher" des humains (entre autres êtres vivants et objets qu'ils trouvent à la surface de la planète) pour se livrer sur eux à des expériences monstrueuses...

Le fait que ce roman soit oublié est un mystère. C'est un très grand roman populaire, bien écrit, dans le style de Gaston Leroux et Maurice Leblanc, qui sait se montrer drôle quand il faut (avec le personnage du "sherlockiste" par exemple), ménage bien ses effets, et surtout... surtout il déploie une imagination parfois tout bonnement stupéfiante. La scène du cadavre qui pleut, l'astronef invisible s'écrasant dans Paris, la description de la base spatiale où les sarvants se livrent à diverses tortures sur des humains en cage... Autant de scènes inoubliables, très cinématographiques, d'une poésie noire, touchant au sublime.

Maurice Renard n'est plus connu aujourd'hui que des rares spécialistes de littérature ayant la chance de ne pas partager les stupides préjugés de la plupart de leurs contemporains contre la littérature de genre : l'oubli dans lequel on l'a plongé est presque un crime. Parmi les auteurs de science-fiction français, on ne consent à considérer d'un bon œil que Jules Verne. Quelle erreur ! Maurice Renard, son successeur direct, a écrit mieux que lui, sans pesanteurs didactiques, des histoires autrement plus exaltantes. Il serait bien temps que l'on s'en aperçût.