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Antoine Volodine, Écrivains, 2010

 

2010, un grand cru pour le post-exotisme

 

Volodine, autant le dire d’entrée de jeu, est avec Châteaureynaud le seul écrivain français contemporain dont je suive attentivement la carrière. Je n’ai encore jamais entendu de voix aussi originale que la sienne dans le champ de la littérature française contemporaine ; et non seulement il a un style profondément personnel, mais en plus il a réussi à exploiter au mieux toutes les possibilités de cette écriture, dans des livres qui comptent parmi les rares chefs-d’œuvre de notre temps, comme Rituel du mépris (1986), Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (1998), et Des anges mineurs (1999). Je le suis attentivement, donc, au risque d’être parfois déçu, comme avec Nos animaux préférés (2006), auquel je n’avais pas compris grand-chose ; mais Songes de Mevlido était venu me rassurer l’année suivante.

S’il est encore besoin de présenter grossièrement ce qui fait la spécificité de son œuvre, disons que ses textes, qualifiés par l’auteur lui-même de « post-exotiques », évoquent souvent un univers carcéral, concentrationnaire, dominé par des dirigeants assassins dont on ne sait pas grand-chose mais qui semblent tenir autant des dictateurs soviétiques que des élites financières ultra-capitalistes. Dans cet univers évoluent des personnages de résistants, vivant en marge, et dont les actes semblent voués à l’échec. On peut du reste citer un extrait d’une des nouvelles de ce recueil (« La stratégie du silence dans l'œuvre de Bogdan Tarassiev », qui évoque un auteur post-exotique ne trouvant pas son public, des années 2010 à 2050) pour illustrer tout cela :

« Le contexte est toujours celui du chaos politique et de la nuit ; les personnages parlent peu ; plutôt que de progresser dans un univers connu du lecteur, ils plongent dans des enfers troubles, ils accomplissent des rituels obscurs ; le monde dans lequel se déroule l'action a pour base une société close sur elle-même, totalitaire, qui fonctionne sur la barbarie intellectuelle, la propagande et le mensonge. Détectives, victimes et assassins se perdent là-dedans, et, si l'on excepte les rares adeptes du post-exotisme, les lecteurs rechignent à s'égarer avec eux jusqu'à la dernière page. »

Mais cette notice n’est pas un lieu approprié à une présentation exhaustive de l’atmosphère qui règne dans les textes de Volodine. Contentons-nous plutôt de dire qu’Écrivains est un de ses meilleurs livres, et une excellente entrée en matière pour ceux qui voudraient découvrir un des rares auteurs français vivants dont j’oserais dire sans craindre de me tromper qu’ils resteront dans notre histoire littéraire. Et ceux qui connaissent déjà Volodine auront la surprise de le voir s’essayer à l’humour d’une façon plus marquée que d’habitude, notamment dans les troisième et quatrième nouvelles, « Comancer » et « Remerciements », qui sont extraordinaires.

NB : L'éditeur présente fallacieusement ce texte comme un "roman". La malhonnêteté de certains ne connaît plus de limites.