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Where the sailor spends his hard-earned pay

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Magda Szabó, Rue Katalin, 1969

Traduit du hongrois par Chantal Philippe.

 

L’histoire hongroise et ses fantômes

 

Ce roman s’ouvre sur trois chapitres qui, en mélangeant de façon immédiatement intrigante les lieux et les temps, nous présentent des personnages tous liés par leur nostalgie d’une certaine rue de Budapest, la rue Katalin, où ils ont vécu, tous ensemble, des moments dont la perte semble leur être insupportable. Au centre de l’attention se trouve la famille Elekes, avec le père, directeur d’école voué à la cécité, sa femme évaporée, ne vivant que pour la beauté et l’amour, et leurs deux filles, la brune et sérieuse Irén et la blonde Blanka, plus turbulente et qui se révélera un ferment de chaos et de mort. Autour de cette famille gravitent Bálint, le fils d’un voisin militaire, compagnon de jeu des deux fillettes depuis leur plus jeune âge, puis amoureux d’Irén, avec qui il se fiancera avant qu’une catastrophe ne vienne fausser à tout jamais leurs relations, et Henriette, dont le destin tragique amènera la fin du bonheur pour tous.

Après les trois chapitres introductifs, le roman revient sur les événements les plus importants qui ont marqué le destin de la famille Elekes et de ceux qui l’entourent de 1934 à 1968. Le tournant est constitué par l’assassinat d’Henriette dans une rafle en 1944 ; on comprend ensuite que sa mort est indirectement due à l’étourderie de Blanka, qui a recloué des planches qui auraient dû permettre à Henriette de s’enfuir de son jardin en cas de rafle… C’est à ce moment que les relations entre les personnages acquièrent une nouvelle profondeur, faite d’un mélange d’amour et de haine, de remords cachés et de désirs croisés.

L’histoire hongroise s’invite encore dans le jeu de ces destins entremêlés en 1956, puis le roman s’achève dans une grande mélancolie, un remariage raté, et un retour à l’impression initiale de chaos et de mélange des temporalités, par le regard d’un fantôme s’incarnant mystérieusement parmi les vivants.