Carayol.org

Where the sailor spends his hard-earned pay

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Trésor de la nouvelle de la littérature scandinave

Ce livre, paru en 2009 chez Les Belles Lettres sous la direction de Régis Boyer, l'inusable chef des études scandinaves en France, contient six nouvelles de chacun des trois grands pays scandinaves, et quatre nouvelles islandaises. On est surpris de constater que ce recueil, qui se présente comme un canon abrégé de la nouvelle scandinave, contient en réalité très peu de textes mémorables. Les deux meilleures sections sont consacrées au Danemark et à la Norvège. Parmi les nouvelles danoises, on retiendra surtout "Le signal", d'Anders Bodelsen, récit paranoïaque d'un homme qui cherche à apercevoir ses voisins invisibles, et "Les lettres disparues", de Villy Sörensen, histoire absurde sur fond de désaffection pour la correspondance écrite. Deux nouvelles norvégiennes méritent là aussi d'être mentionnées, "La fiancée du maître" de Turid Nystöl Rian, et surtout "Noces de mort", de Lisbeth Hiide : toutes deux nous présentent une figure de femme inquiétante dans une ambiance légendaire et fantastique.

Les sections suédoise et islandaise sont malheureusement beaucoup plus pauvres. Retenons cependant, parmi les Suédois, "Hangar" de Magnus Dahlström, et parmi les Islandais "Une affligeante histoire", d'Einar Karason. Trop nombreuses sont par ailleurs les nouvelles molles, réalistes, ennuyeuses ou mièvres, dont on se demande ce qu'elles font dans un trésor de la nouvelle.

Ce recueil présente un autre défaut impardonnable, il est parsemé de fautes de français et de coquilles. Certains traducteurs ne font pas la concordance des temps au subjonctif : « [les citoyens] allèrent aux obsèques du criminel assassiné, bien qu'il ait été prévu qu'il soit enterré discrètement » ("Les lettres disparues"), d'autres ne réfléchissent pas à ce qu'ils écrivent : « il est désormais à mille lieux de toute sensation » (p. 126 du deuxième tome), « Je hochai la tête, puis lui fit signe de s'écarter » (p. 178 du deuxième tome). Curieusement, c'est Régis Boyer, pourtant responsable de la publication, qui a laissé le plus grand nombre de fautes scandaleuses dans sa propre section (les nouvelles islandaises sont traduites par lui, celles des autres pays par d'autres traducteurs), ainsi « le Seigneur les combleraient d'une pleine marmite le lendemain ou le surlendemain », p. 114, « Et j'ai perdu la yole si bien que cet été, je ne pourrais aller à la pêche », p. 118, ou encore cette phrase manifestement jamais relue, ni par M. Boyer ni par l'éditeur, qui contient une virgule bizarre et une syllepse injustifiable : « Vu mon âge, nous aurions dû, nous prendre alors par la main en nous remerciant réciproquement d'une conversation si constructive, mais n'étant pas maître de mon visage, cette réunion s'acheva là. » (p. 150)

Bref, un recueil qui manque de pertinence, et une occasion ratée de faire connaître de la littérature scandinave autre chose que les habituels frissonniers dont raffole le bas public.