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Légendes finnoises

Ces légendes sont extraites du recueil de Lauri Simonsuuri Myytillisiä tarinoita, qui recense des légendes populaires recueillies depuis le XIXe siècle jusqu'aux années 1930 ; choix et traduction de Martin Carayol.

 

 

Le diable et la fille orgueilleuse

Une fille orgueilleuse souhaitait trouver un mari qui fût très riche, qui eût des chevaux verts, un attelage et des vêtements verts, elle voulait que tout ce que cet homme aurait en sa possession fût vert. Un jour, alors que la fille parlait encore une fois de son souhait, le diable entendit ce qu’elle disait et il décida de profiter de l’occasion. Il se transforma en un très beau seigneur, s’habilla de vêtements verts puis se rendit, sur un fier attelage de chevaux verts, au domicile de la fille, qu’il demanda pour femme. Quand la fille vit que l’homme avait tout comme elle l’avait souhaité, elle ne se fit pas prier pour devenir son épouse. Alors ils repartirent, portés par ces chevaux et cette voiture que le diable avait apportés. Quand ils eurent cheminé quelque temps, le diable dit à la fille qu’elle n’aurait jamais le droit de lui résister ni de dire du mal de lui. Si la fille en disait du mal, le diable promettait de la répudier sur-le-champ.

Ils arrivèrent ensuite auprès d’une église. Le diable arrêta son équipage et ordonna à la fille d’attendre. Elle promit d’attendre, et le diable marcha vers l’église, ouvrit la porte et entra. Quand la fille vit cela, elle fut très étonnée de constater que son époux se rendait à l’église en semaine, et qu’il était entré si facilement à l’intérieur alors que les portes étaient verrouillées. Elle attendit longtemps. Enfin son époux revint de l’église et lui demanda : « As-tu trouvé le temps bien long ? » La fille aurait bien répondu par l’affirmative, mais comme elle n’osait pas aller à l’encontre de son époux, elle dit qu’elle n’avait pas trouvé le temps long.

Ils continuèrent leur route. Une deuxième église se présenta. Là encore, le diable y entra et ordonna à la fille d’attendre dans la voiture. Elle attendit un peu, mais décida ensuite d’aller regarder par la fenêtre, en catimini, ce qu’il faisait là. Elle y alla, et quand elle jeta un œil, elle vit son époux en train de manger des os de morts. Alors la fille eut grand peur, elle courut à l’attelage et y attendit son époux. Quand il fut revenu, le diable demanda : « T’a-t-il fallu attendre longtemps ? » La fille dit : « Mais pas du tout ! » Alors ils repartirent chez la fille. Quand ils furent à proximité de la maison, le diable arrêta les chevaux et sortit de la voiture. La fille resta à l’attendre. Pendant que la fille attendait dans la voiture, le diable se transforma en le frère de la fille, approcha de cette dernière et dit : « Alors, est-ce un bon mari ? » La fille ne dit pas de mal de son époux, car elle n’osait pas, elle dit au contraire : « Oui, il est très bien ». Le diable repartit et prit l’apparence de la sœur de la fille. Il revint auprès de celle-ci et dit : « Est-ce un bon mari ? » Là aussi, la fille dit simplement : « Mais oui, il est très bien. » Ensuite le diable prit l’apparence du père de la fille, vint à elle et lui dit : « Est-ce un bon mari ? » Quand elle vit son père, la fille eut très envie de lui dire la vérité, mais elle avait peur que son époux ne l’entendît et ne se fâchât assez fort pour la tuer. Alors à son père aussi elle dit : « Mais oui, il est très bien. » Quand le diable entendit cela, il repartit et se changea en la mère de la fille, retourna vers cette dernière et dit : « Est-ce un bon mari ? » Dès lors, voyant sa mère, la fille n’arriva plus à dissimuler, et elle dit : « Oui, il est bien, à part qu’il mange les os des personnes mortes ». Alors le diable reprit sa forme de diable et hurla : « Eh bien je suis le diable, et toi aussi je vais te manger ! » Et d’un coup il goba la fille et la mangea.

Village de Kauvatsa


L'enfant assassiné

Il y avait dans une maison une pièce dans laquelle personne n’arrivait à dormir tranquille la nuit. Quelqu’un venait toujours tirailler l’oreiller. Une fois, le pasteur vint coucher dans cette pièce et décida de tirer au clair l’identité de celui qui tiraillait l’oreiller. Il s’endormit, l’oreiller fut tiraillé. Le pasteur ne s’en soucia pas et essaya de dormir. Quand il s’endormit, l’oreiller fut à nouveau tiraillé. Là non plus le pasteur ne s’en soucia nullement et essaya une nouvelle fois de dormir. Quand il s’endormit, l’oreiller fut à nouveau tiraillé. Le pasteur demanda ce que voulait l’importun. Celui-ci dit qu’il ne voulait rien mais que ses os étaient sous le plancher de la pièce et qu’il voulait qu’on les enterrât. Il demanda au pasteur de faire en sorte qu’on les enterrât. Il promit de donner au pasteur ce qu’il voudrait en échange. Le pape promit de s’en charger et put passer la nuit tranquille. Quand au matin on retira les planches, on trouva les os d’un petit enfant. Le pasteur les fit mettre dans une tombe.

Quand le pasteur dormait la nuit suivante, l’enfant vint tirailler son oreiller, le remercia et demanda ce que le pasteur voulait en échange de sa bonne action. Le pasteur lui demanda de répondre à deux questions : Où vais-je exercer mon métier ? Quand vais-je mourir ? L’enfant dit qu’il ne pouvait répondre à cette dernière question, mais promit de venir le dire un peu avant que cela n’arrive. Le pasteur se fit vieux. Sa fille vint en âge de se marier et fut courtisée. L’un des courtisans vivait chez le pasteur et allait souvent la nuit chasser le tétras lyre. L’enfant revint une nuit tirailler l’oreiller et dit : « Là vous allez mourir. » Le pasteur dit : « Je vais d’abord faire mes adieux à ma famille. » Il y alla en tenue de nuit, son gendre le voyant dans l’entrée le prit pour un fantôme et le transperça d’une balle.

Village de Kokemäki


Le diable à la fête

Il était une fois au presbytère une servante qui était très férue de danse. Elle allait toujours dans toutes les danses que l’on organisait dans les environs. Mais elle devait toujours en demander la permission au pasteur ou à la pastoresse. Et un jour, dans une ferme voisine, il y eut une fête où la servante avait terriblement envie d’aller. Elle alla demander la permission à la pastoresse, mais celle-ci ne le lui permit pas, elle lui dit d’aller demander au pasteur. La servante alla voir le pasteur et dit : « Pourrais-je aller chez les voisins voir la danse, ce soir il y a une fête. » Le pasteur répondit : « Bien sûr, mais je viens aussi, nous irons ensemble ! » La compagnie du pasteur n’enchantait pas la servante, mais elle dut y aller avec lui.

Quand ils furent arrivés dans la cour de la ferme voisine, la fille se dirigea droit vers l’intérieur, car elle était déjà tellement obnubilée par la danse qu’elle ne pouvait se retenir. Mais le pasteur lui dit : « N’y rentre pas encore, nous allons d’abord regarder par la vitre, on voit très bien d’ici ! » La servante s’arrêta pour regarder. Le pasteur lui demanda : « Tu vois quelque chose ? » Elle, qui sautillait déjà de joie en voyant des gens danser à l’intérieur, répondit : « Je vois seulement que les gens s’amusent beaucoup ». Alors le pasteur enleva ses galoches et dit à la servante : « Enfile ces galoches, peut-être que tu verras ». Elle enfila les galoches, mais quand elle eut regardé dans la pièce elle tomba à la renverse, évanouie. C’est qu’elle y avait vu une créature qui sautillait parmi les danseurs et leur soufflait dessus une fumée sortant de sa bouche. Ce spectacle fit si forte impression sur la fille qu’elle n’alla plus jamais danser.

Pori.

 

Le garçon voué au diable

Il était une fois une pauvre veuve qui avait un fils. Elle était perpétuellement affligée de sa pauvreté. Un jour, alors qu’elle marchait dehors dans la forêt, apparut devant elle, semblant surgir de terre, un homme élégamment habillé, qui promit de la libérer de sa pauvreté si elle lui vendait son garçon. La veuve pourrait garder son fils chez elle jusqu’à ce que celui-ci fêtât ses quinze ans, alors l’inconnu viendrait le chercher. La pauvre femme hésita, mais quand l’inconnu parla de richesses infinies, elle finit par accéder à sa demande. L’élégant étranger lui ordonna de le suivre. La femme eut l’impression qu’ils se rendaient droit sous la terre. Ils arrivèrent dans un grand et splendide palais. L’étranger ordonna à la femme d’écrire son nom en lettres de sang dans un grand livre. Ce qu’elle fit.

Dès lors, il sembla que la pauvreté eût abandonné la femme et son fils. Mais la tristesse de la femme recommença de grandir au fur et à mesure que son fils aussi grandissait et que l’échéance approchait.

Le garçon remarqua l’air sombre de sa mère, et s'avisa d'une chose étrange : il n’avait pas d’ombre, à la différence des autres hommes quand ils marchaient dehors au soleil. « Mère, pourquoi n’ai-je pas d’ombre ? » demanda-t-il. Dans sa grande souffrance et son angoisse, la mère conta la vérité à son fils. Ils décidèrent alors d’aller en parler au pasteur.

Le pasteur dit au garçon que la nuit où son heure viendrait, il lui faudrait se rendre à l’église avec son livre de cantiques dans une main et un coq dans l’autre. Et quoi qui dût apparaître au garçon, il ne devrait toucher à rien, ne rien dire ni suivre personne — il devait rester sans un geste à sa place, jusqu’à ce que le pasteur, au point du jour, arrivât dans l’église, montât en chaire et chantât le cantique « Heureux qui est absous de son péché ». C’est seulement alors que le garçon pourrait suivre le pasteur, quand celui-ci l’appellerait.

Le garçon fit ainsi. Quand, la nuit prévue, il arriva à l’église, un coq dans une main et son livre de cantiques dans l’autre, un anneau tournoyant apparut devant lui. Le garçon se rappela la recommandation du pasteur et resta sans un geste à sa place. Toutes sortes de choses étranges apparurent devant le garçon au fil de la nuit, mais il resta tranquille. Petit à petit, le jour commença de poindre. Le coq se mit à coqueliner. Un homme en tenue de pasteur entra dans l’église, monta en chaire et commença à chanter un cantique. Le garçon crut le pasteur arrivé et se réjouit. Il commença d’écouter les paroles du cantique et remarqua que ce n’étaient pas les bonnes. En effet, la personne en tenue de pasteur chantait « Heureux qui est dissous dans son pichet ». Le démon chanta longuement et d’un air doucereux, mais comme rien n’y faisait, il finit par partir, fâché. On entendit comme un claquement dans toute l’église. Enfin arriva le vrai pasteur, et il chanta « Heureux qui est absous de son péché ». Quand il eut terminé son cantique, il appela le garçon. Celui-ci le suivit, et c’est ainsi qu’il se libéra des chaînes du démon.

Keuruu.

 

« Claire brille la lune, les trépassés circulent ! »

Une fille avait perdu son soupirant. Elle pleurait et languissait fort après son bien-aimé. Une fois, la nuit, le défunt vint sur un cheval blanc chercher la fille. Il alla dans la chambre de celle-ci et lui dit de le suivre. Elle alla au traîneau. Quand ils eurent parcouru quelque distance, le garçon fit : « Claire brille la lune, les trépassés circulent ; mortelle, as-tu bien peur en cette nuit d'horreur ? » La fille dit : « De quoi aurais-je peur avec mon amoureux ! » Alors le défunt conduisit jusqu’à une église, mit la fille auprès du portail et dit : « Reste ici pendant que je vais voir les lieux ». Lui se rendit au cimetière. Pendant ce temps, les autres morts vinrent dire à la fille qu’elle eût à partir bien vite. Et elle partit, mais le défunt la rattrapa bientôt et la saisit par les vêtements. Un morceau d’étoffe lui resta dans la main. Quand le jour suivant la fille vint visiter le cimetière, ce même morceau d’étoffe se trouvait sur la tombe du garçon.

Village de Teuva.

 

La bible des sorcières

Jadis, dans une certaine église, il y avait toutes les trois semaines une nuit où il y avait de la lumière, et les gens n’en savaient pas la raison. Une fois, un bonhomme qui avait tout d’un vagabond arriva et trouva une maison où demander un foyer pour la nuit. Le maître lui donna une couche et fut du reste parfaitement courtois envers lui. Comme cette nuit-là il y eut à nouveau de la lumière dans l’église, le bonhomme demanda à la maisonnée : « Pourquoi fait-il lumière en pleine nuit comme ça dans l’église ? Qu’est-ce qui se passe là-bas la nuit ? Jamais auparavant je n’ai vu d’église où il y eût de la lumière la nuit, quoique j’aie vu bien du pays. Ne savez-vous donc pas pourquoi on éclaire la nuit dans votre église ? » Le maître dit : « Nous ne le savons pas, mais nous savons une chose, c’est que toutes les trois semaines il y a toujours de la lumière. — Je vais aller voir. — Pour cette fois-ci ce n’est plus la peine, car la lumière va bientôt s’éteindre, mais reviens dans trois semaines et vas-y tout au début, quand on allume dans l’église, et alors tu verras ce qu’on y fait au juste », lui conseilla le maître.

Le bonhomme s’en alla puis revint trois semaines après. Il alla bientôt à l’église, quand la lumière se mit à y briller. Quand il entra, il vit de nombreux démons réunis là. La mère-démon elle-même était assise en chaire et écrivait un livre noir pour lequel elle exigeait des noms écrits avec du sang humain. Quand le bonhomme arriva dans l’église, on exigea de lui aussi qu’il se coupât le bout de l’annulaire pour en faire jaillir du sang. Alors la mère-démon lui ordonna d’écrire son nom sur le livre noir, qui était ouvert devant eux sur le pupitre. Au lieu d’écrire son nom dans le livre des démons, le bonhomme écrivit le nom du Sauveur. Après qu’il l’eut écrit, le livre resta ouvert. Un démon essaya de le refermer, mais rien n’y fit. Il essaya de le soulever mais n’y parvint pas. Alors la mère-démon quitta l’église en laissant son livre, les autres diables plus petits partirent bientôt à sa suite. Le bonhomme prit alors le livre démoniaque et l’emporta chez lui, où il écrivit un autre livre en suivant le livre démoniaque. Puis il effaça de celui-ci le nom du Sauveur et ramena le livre dans cette même église où il l’avait pris. Les démons remirent bientôt le livre dans leur propre bibliothèque, puisque maintenant que le nom du Sauveur avait été retiré ils pouvaient à nouveau le porter où bon leur semblait. Depuis lors, le livre noir circule dans le monde, et beaucoup de mal a été fait par son entremise. Mais après cela, il n’y a plus eu de lumière dans l’église. Le livre noir, ou bible des sorcières, est une copie du livre de la mère-démon, et c’est bien pour cela que beaucoup de gens ont fini aux enfers à cause de lui.

Village de Lohja.